Longtemps attendu dans le milieu de l'indie/art gaming, le premier projet de l'intransigeant Jonathan Blow mélange audaces conceptuelles, visuels somptueux et réflexions philosophiques. Une réussite selon Edge, disponible aujourd'hui sur Xbox Live Arcade.
Jonathan Blow serait-il le créateur de jeu vidéo idéal ? Indépendant, de bon goût (il cite David Lynch et son Mulholland Drive, le "plus grand film jamais conçu"), intelligent et réfléchi, cet ex-chroniqueur de la revue professionnelle Game Developer Magazine et co-organisateur de l'Experimental Gameplay Workshop annuel à la GDC s'est entre autres fait connaître pour sa vision sans concession du média jeu vidéo et ses idées bien arrêtées sur le game design : durant ses dernières interventions publiques, il a par exemple questionné l'éthique de World of Warcraft, un titre qui, selon lui, masque ses faiblesses de gameplay en usant de méthodes de conditionnement psychologique, ou s'est livré à des exercices de déconstruction fascinants, mettant en évidence des décalages de discours au sein de jeux pourtant plébiscités par la critique tels que Bioshock, Grand Theft Auto IV ou Half-Life 2.
Si Blow a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, c'est cependant pour son premier jeu, nouvelle coqueluche du milieu indie/art game. Braid ressemble pourtant à première vue à un clone de Super Mario Bros. : graphismes 2D, éléments de jeu de plateforme, chasse à la princesse, sauts sur la tête des ennemis pour les faire disparaître, etc. "Je voulais un monde simple avec des règles simples où il est facile de prévoir ce qui va se passer, expliquait le créateur au magazine 1Up en mars dernier. Parce toutes les manipulations temporelles ne sont pas très compliquées une fois que l'on y est habitué, mais le mode de pensée est tout de même différent de celui que l'on connait." Car le héros, Tim, curieux aventurier en costard-cravate, évolue dans un univers où l'écoulement du temps est soumis à des règles toujours changeantes ; lui-même peut d'ailleurs, à tout moment et de manière illimitée, "rembobiner" sa partie. Mais au contraire d'un jeu comme Prince of Persia : les Sables du Temps ou Timeshift, la fonctionnalité fait ici partie intégrante du gameplay et sert ainsi à la résolution de nombreuses énigmes, dont certaines évoquent le très astucieux Cursor*10 du japonais Yoshio Ishii.
Braid est également un vrai jeu d'artiste et, surtout, de perfectionniste. Le développement du titre, démarré en décembre 2004, s'est en effet théoriquement terminé un an plus tard par la création d'une première version finale jouable de bout en bout. Celle-ci a d'ailleurs été présentée à l'Independent Game Festival en mars 2006 – et y a même remporté le prix du game design le plus innovant. Blow s'adjoint alors les services d'un dessinateur, David Hellman, co-auteur d'un très beau webcomic surréaliste et mélancolique, afin de remplacer les graphismes rudimentaires du titre. Pendant plus d'un an, la paire habille et peaufine, à la recherche d'un équilibre entre identité visuelle forte, fidélité thématique et lisibilité, un processus minutieux qui a fait l'objet il y a quelques jours d'un post-mortem passionnant chez Gamasutra.
L'effort semble cependant avoir payé. Disponible depuis aujourd'hui sur le Xbox Live Arcade, Braid est accompagné d'un buzz critique plus que favorable. Même s'il regrette une durée de vie un peu courte, le magazine IGN qualifie ainsi le titre de "réussite spectaculaire", tandis que le prestigieux Edge octroie un rare 9/10 et parle d'un "jeu magnifique et brillamment exigeant". Eurogamer, enfin, ose le 10/10 et les comparaisons au fantastique Portal. "C'est un jeu de plateforme. C'est une expérience émotionnelle. Quelle que soit la raison pour laquelle vous vous investissez dans Braid, le jeu vous le rendra au centuple," peut-on lire sur le site. Car les ambitions de Jonathan Blow vont au-delà du simple divertissement. A travers une série de vignettes texte, le titre brasse en effet d'autres sujets, autrement plus sérieux : la vie, les relations amoureuses, les regrets, dans un monde où tout est (apparemment ?) toujours pardonné. "Déjà très jeune, j'étais déterminé à découvrir le sens de la vie et à ne pas accepter que la mienne soit gouvernée par des choses triviales, confiait le créateur chez MTV il y a quelques mois. Le problème est que si vous refusez les réponses faciles, si vous continuez à creuser et que vous insistez pour découvrir la vérité, il devient très difficile d'exister. Car les gens ne peuvent arriver à survivre jour après jour qu'en étant un peu stupides, en refusant de questionner telle ou telle chose. Je pense que tout cela se retrouve dans le personnage de Tim ; la quête de la princesse peut s'interpréter de manière littérale ou comme une métaphore."
Braid est disponible sur le Xbox Live Arcade au prix de 1200 points (soit 14.40€). Une version PC devrait suivre d'ici la fin de l'année.
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Si Blow a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois, c'est cependant pour son premier jeu, nouvelle coqueluche du milieu indie/art game. Braid ressemble pourtant à première vue à un clone de Super Mario Bros. : graphismes 2D, éléments de jeu de plateforme, chasse à la princesse, sauts sur la tête des ennemis pour les faire disparaître, etc. "Je voulais un monde simple avec des règles simples où il est facile de prévoir ce qui va se passer, expliquait le créateur au magazine 1Up en mars dernier. Parce toutes les manipulations temporelles ne sont pas très compliquées une fois que l'on y est habitué, mais le mode de pensée est tout de même différent de celui que l'on connait." Car le héros, Tim, curieux aventurier en costard-cravate, évolue dans un univers où l'écoulement du temps est soumis à des règles toujours changeantes ; lui-même peut d'ailleurs, à tout moment et de manière illimitée, "rembobiner" sa partie. Mais au contraire d'un jeu comme Prince of Persia : les Sables du Temps ou Timeshift, la fonctionnalité fait ici partie intégrante du gameplay et sert ainsi à la résolution de nombreuses énigmes, dont certaines évoquent le très astucieux Cursor*10 du japonais Yoshio Ishii.
Braid est également un vrai jeu d'artiste et, surtout, de perfectionniste. Le développement du titre, démarré en décembre 2004, s'est en effet théoriquement terminé un an plus tard par la création d'une première version finale jouable de bout en bout. Celle-ci a d'ailleurs été présentée à l'Independent Game Festival en mars 2006 – et y a même remporté le prix du game design le plus innovant. Blow s'adjoint alors les services d'un dessinateur, David Hellman, co-auteur d'un très beau webcomic surréaliste et mélancolique, afin de remplacer les graphismes rudimentaires du titre. Pendant plus d'un an, la paire habille et peaufine, à la recherche d'un équilibre entre identité visuelle forte, fidélité thématique et lisibilité, un processus minutieux qui a fait l'objet il y a quelques jours d'un post-mortem passionnant chez Gamasutra.
L'effort semble cependant avoir payé. Disponible depuis aujourd'hui sur le Xbox Live Arcade, Braid est accompagné d'un buzz critique plus que favorable. Même s'il regrette une durée de vie un peu courte, le magazine IGN qualifie ainsi le titre de "réussite spectaculaire", tandis que le prestigieux Edge octroie un rare 9/10 et parle d'un "jeu magnifique et brillamment exigeant". Eurogamer, enfin, ose le 10/10 et les comparaisons au fantastique Portal. "C'est un jeu de plateforme. C'est une expérience émotionnelle. Quelle que soit la raison pour laquelle vous vous investissez dans Braid, le jeu vous le rendra au centuple," peut-on lire sur le site. Car les ambitions de Jonathan Blow vont au-delà du simple divertissement. A travers une série de vignettes texte, le titre brasse en effet d'autres sujets, autrement plus sérieux : la vie, les relations amoureuses, les regrets, dans un monde où tout est (apparemment ?) toujours pardonné. "Déjà très jeune, j'étais déterminé à découvrir le sens de la vie et à ne pas accepter que la mienne soit gouvernée par des choses triviales, confiait le créateur chez MTV il y a quelques mois. Le problème est que si vous refusez les réponses faciles, si vous continuez à creuser et que vous insistez pour découvrir la vérité, il devient très difficile d'exister. Car les gens ne peuvent arriver à survivre jour après jour qu'en étant un peu stupides, en refusant de questionner telle ou telle chose. Je pense que tout cela se retrouve dans le personnage de Tim ; la quête de la princesse peut s'interpréter de manière littérale ou comme une métaphore."
Braid est disponible sur le Xbox Live Arcade au prix de 1200 points (soit 14.40€). Une version PC devrait suivre d'ici la fin de l'année.
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