Il y a quelques mois, un label américain offrait une compilation gratuite spécialement conçue pour le Wipeout-like indé ; retour sur une initiative originale mais aussi militante, certains considèrant la musique de jeu vidéo comme trop "prévisible". Interview.
Il y a le jeu vidéo. Et puis il y a la musique. En début d'année, Audiosurf, rapidement devenu la coqueluche du petit milieu de l'indie gaming, avait trouvé un nouveau moyen excitant de combiner les deux, créant une sorte de Wipeout générant dynamiquement ses circuits à partir de n'importe quel fichier musical (MP3, CD, etc.) fourni par l'utilisateur. Alors que tous les possesseurs du jeu écumaient désormais leur discothèque à la recherche de la perle rare, le morceau qui révèlerait les tracés les plus stimulants, le label américain Asthmatic Kitty (connu entre autres pour héberger le songwriter Sufjan Stevens) offrait lui une solution originale : "Music for Videogames volume 1", une compilation gratuite, à télécharger sur le site du label, et spécialement conçue pour offrir "une expérience intense de gameplay".
Mais les créateurs du projet voyaient plus grand ; loin de s'arrêter à Audiosurf, la sortie de l'album était également présentée comme un acte "subversif" contre la musique de jeu vidéo en général, laquelle fait, selon eux, souvent appel "à des groupes populaires soi-disant indépendants ou aux sempiternels stéréotypes électroniques". "Ce n'est pas la musique de jeu vidéo de vos parents", déclarait le label, qui, pour l'occasion, s'était également associé à Anticon Records (Alias, Odd Nosdam, Jel), spécialiste américain du hip-hop avant-garde. Une démarche que John Beeler, "le mec qui s'occupe de la presse" chez Asthmatic Kitty, a récemment éclairé pour nous.
John Beeler : J'avais entendu parler du jeu via GameSetWatch, l'un de mes blogs jeu vidéo favoris, et j'ai immédiatement contacté l'auteur. Il avait beaucoup de boulot mais il était très favorable à un tel projet. Nous sommes très intéressés par tous les titres qui repensent la relation entre musique et jeu vidéo, et Audiosurf appartient clairement à cette catégorie. L'équipe a écouté ce que nous leur avons proposé et nous a expliqué ce qui faisait un bon morceau pour Audiosurf. Ils nous ont beaucoup aidés durant tout le processus.
Overgame : A l'époque de la sortie de cette compilation, vous parliez d'un acte "subversif" destiné à bouleverser les codes traditionnels de la musique de jeu vidéo. Cette dernière est-elle si mauvaise ?
En voilà une question piège ! Je ne dirais pas que les musiques de jeu vidéo sont mauvaises, en tout cas pas dans une interview ! Je pense qu'il y a beaucoup de bandes-sons de très grande qualité. J'ai la musique de l'écran de sauvegarde d'ICO pour sonnerie de portable. C'est l'un des morceaux de musique les plus concis et les plus parfaits que j'ai jamais entendus. Et comme sonneries de rechange, j'ai Metal Gear Solid et RC Pro Am. J'adore la musique de la série de jeux Knytt de Nifflas' Games.
Je pense qu'un mot plus approprié serait "prévisible".
Je suis si rarement surpris par la musique d'un jeu vidéo (Katamari Damacy étant l'une des exceptions notables). La plupart du temps, c'est du bruit de fond. C'est rarement crucial. Et généralement, vous pouvez même prédire le genre de musique que vous allez entendre avant même de déchirer l'emballage.
Quand je pense à mes films favoris, la musique représente souvent une part significative de mon expérience. Elle peut changer la tonalité de ce qui se passe à l'écran de tellement de manières fantastiques. Prends par exemple des longs-métrages comme No Country for Old Men ou There Will Be Blood. Tous deux font une utilisation (ou une non-utilisation dans le cas de No Country) excellente de la musique. Le Lauréat est un autre de ces films qui ont changé les rapports entre musique et cinéma. Je ne suis pas sûr que nous ayons encore un Lauréat ou un No Country du jeu vidéo, mais j'attends avec impatience le jour où je serais dans l'erreur.
Il est plutôt inhabituel de voir des critiques de jeu vidéo sur le site d'un label musical. Qu'est-ce qui a motivé cette idée ?
Ca fait partie d'une stratégie plus large visant à trouver de nouveaux moyens de combiner les deux médiums. Et puis plusieurs d'entre nous sont complètement fanas de jeux. Il y a quelques mois, le Dino Run de PixelJam me bouffait mon temps par exemple.
Est-ce que vous pensez que l'explosion du genre jeu vidéo musical rock et le succès apparent des morceaux supplémentaires à télécharger est une chance pour les labels indépendants ?
Je crois que cela reste à voir, mais ma réponse serait "non". La musique indépendante est un marché où les artistes vendent généralement en petites quantités, et mon opinion est que les développeurs ne peuvent pas encore allouer des ressources à de tels morceaux, même s'ils sont complètement adorés par 200 personnes.
Je ne dis pas qu'il serait impossible qu'un morceau téléchargeable de Rock Band puisse faire sortir un artiste peu connu de l'ombre, comme certains shows télévisés lorsqu'ils font parfois jouer des groupes inconnus pour la dernière émission de la saison. Mais de là à ce que ces jeux cherchent activement à inclure des artistes à la popularité modeste dans leur setlist, je ne crois pas que ça soit possible. Ca serait super si ça l'était.
J'adore Guitar Hero et ses dérivés mais, à la base, c'est Dance Dance Revolution pour les américains, n'est-ce pas ? Quand tu y réfléchis, le périphérique est plus important que la musique elle-même, tout comme dans DDR. Personnellement, je pense que les premiers titres d'Harmonix, Amplitude et Frequency, sont plus stimulants que Guitar Hero, mais tu n'as clairement pas l'air aussi cool devant tes potes lorsque tu joues. C'est dommage que ces jeux soient désormais considérés comme de simples digressions dans l'Histoire du jeu vidéo, parce qu'ils sont beaucoup plus importants musicalement.
D'une certaine manière, le jeu vidéo a déjà laissé la musique indépendante derrière lui. Les coûts de production d'un titre à gros budget rivalisent avec ceux d'un blockbuster de cinéma. Nous sommes de la petite monnaie à côté. C'est pour cela que, personnellement, je sens qu'il y a plus d'opportunités pour nous du côté du jeu vidéo indépendant, Audiosurf et autres. Maintenant que les trois consoles se construisent des services en ligne raisonnablement robustes, je pense que c'est une stratégie beaucoup plus intéressante. Le truc est de repérer les bons jeux, d'un point de vue à la fois créatif et financier pour que ça soit profitable pour tout le monde.
Avez-vous déjà réfléchi à ce que pourrait contenir un volume 2 de votre compilation ?
En fait, nous avons plusieurs morceaux qui ne collaient pas trop au concept Audiosurf. Ils sont très bons mais plus légers, leur structure est plus simple. Je pense qu'ils iraient bien avec un univers plus étrange et insolite, mais nous n'avons pas encore trouvé le bon jeu. Si vous avez une idée, envoyez-nous un email !
Notre groupe d'artistes est incroyablement talentueux et hyper-créatif. De la même manière, je suis constamment stupéfait de la qualité des jeux indépendants. Ils s'améliorent de plus en plus. Je pense que quelque part, il y a un jeu ou une idée de jeu qui, combinée à notre talent, pourrait bien être le Lauréat ou le No Country de ce médium, quelque chose qui change la manière dont les gens envisagent le rapport musique/jeu vidéo.
Mais les créateurs du projet voyaient plus grand ; loin de s'arrêter à Audiosurf, la sortie de l'album était également présentée comme un acte "subversif" contre la musique de jeu vidéo en général, laquelle fait, selon eux, souvent appel "à des groupes populaires soi-disant indépendants ou aux sempiternels stéréotypes électroniques". "Ce n'est pas la musique de jeu vidéo de vos parents", déclarait le label, qui, pour l'occasion, s'était également associé à Anticon Records (Alias, Odd Nosdam, Jel), spécialiste américain du hip-hop avant-garde. Une démarche que John Beeler, "le mec qui s'occupe de la presse" chez Asthmatic Kitty, a récemment éclairé pour nous.
John Beeler : J'avais entendu parler du jeu via GameSetWatch, l'un de mes blogs jeu vidéo favoris, et j'ai immédiatement contacté l'auteur. Il avait beaucoup de boulot mais il était très favorable à un tel projet. Nous sommes très intéressés par tous les titres qui repensent la relation entre musique et jeu vidéo, et Audiosurf appartient clairement à cette catégorie. L'équipe a écouté ce que nous leur avons proposé et nous a expliqué ce qui faisait un bon morceau pour Audiosurf. Ils nous ont beaucoup aidés durant tout le processus.
Overgame : A l'époque de la sortie de cette compilation, vous parliez d'un acte "subversif" destiné à bouleverser les codes traditionnels de la musique de jeu vidéo. Cette dernière est-elle si mauvaise ?
En voilà une question piège ! Je ne dirais pas que les musiques de jeu vidéo sont mauvaises, en tout cas pas dans une interview ! Je pense qu'il y a beaucoup de bandes-sons de très grande qualité. J'ai la musique de l'écran de sauvegarde d'ICO pour sonnerie de portable. C'est l'un des morceaux de musique les plus concis et les plus parfaits que j'ai jamais entendus. Et comme sonneries de rechange, j'ai Metal Gear Solid et RC Pro Am. J'adore la musique de la série de jeux Knytt de Nifflas' Games.
Je pense qu'un mot plus approprié serait "prévisible".
Je suis si rarement surpris par la musique d'un jeu vidéo (Katamari Damacy étant l'une des exceptions notables). La plupart du temps, c'est du bruit de fond. C'est rarement crucial. Et généralement, vous pouvez même prédire le genre de musique que vous allez entendre avant même de déchirer l'emballage.
Quand je pense à mes films favoris, la musique représente souvent une part significative de mon expérience. Elle peut changer la tonalité de ce qui se passe à l'écran de tellement de manières fantastiques. Prends par exemple des longs-métrages comme No Country for Old Men ou There Will Be Blood. Tous deux font une utilisation (ou une non-utilisation dans le cas de No Country) excellente de la musique. Le Lauréat est un autre de ces films qui ont changé les rapports entre musique et cinéma. Je ne suis pas sûr que nous ayons encore un Lauréat ou un No Country du jeu vidéo, mais j'attends avec impatience le jour où je serais dans l'erreur.
Il est plutôt inhabituel de voir des critiques de jeu vidéo sur le site d'un label musical. Qu'est-ce qui a motivé cette idée ?
Ca fait partie d'une stratégie plus large visant à trouver de nouveaux moyens de combiner les deux médiums. Et puis plusieurs d'entre nous sont complètement fanas de jeux. Il y a quelques mois, le Dino Run de PixelJam me bouffait mon temps par exemple.
Est-ce que vous pensez que l'explosion du genre jeu vidéo musical rock et le succès apparent des morceaux supplémentaires à télécharger est une chance pour les labels indépendants ?
Je crois que cela reste à voir, mais ma réponse serait "non". La musique indépendante est un marché où les artistes vendent généralement en petites quantités, et mon opinion est que les développeurs ne peuvent pas encore allouer des ressources à de tels morceaux, même s'ils sont complètement adorés par 200 personnes.
Je ne dis pas qu'il serait impossible qu'un morceau téléchargeable de Rock Band puisse faire sortir un artiste peu connu de l'ombre, comme certains shows télévisés lorsqu'ils font parfois jouer des groupes inconnus pour la dernière émission de la saison. Mais de là à ce que ces jeux cherchent activement à inclure des artistes à la popularité modeste dans leur setlist, je ne crois pas que ça soit possible. Ca serait super si ça l'était.
J'adore Guitar Hero et ses dérivés mais, à la base, c'est Dance Dance Revolution pour les américains, n'est-ce pas ? Quand tu y réfléchis, le périphérique est plus important que la musique elle-même, tout comme dans DDR. Personnellement, je pense que les premiers titres d'Harmonix, Amplitude et Frequency, sont plus stimulants que Guitar Hero, mais tu n'as clairement pas l'air aussi cool devant tes potes lorsque tu joues. C'est dommage que ces jeux soient désormais considérés comme de simples digressions dans l'Histoire du jeu vidéo, parce qu'ils sont beaucoup plus importants musicalement.
D'une certaine manière, le jeu vidéo a déjà laissé la musique indépendante derrière lui. Les coûts de production d'un titre à gros budget rivalisent avec ceux d'un blockbuster de cinéma. Nous sommes de la petite monnaie à côté. C'est pour cela que, personnellement, je sens qu'il y a plus d'opportunités pour nous du côté du jeu vidéo indépendant, Audiosurf et autres. Maintenant que les trois consoles se construisent des services en ligne raisonnablement robustes, je pense que c'est une stratégie beaucoup plus intéressante. Le truc est de repérer les bons jeux, d'un point de vue à la fois créatif et financier pour que ça soit profitable pour tout le monde.
Avez-vous déjà réfléchi à ce que pourrait contenir un volume 2 de votre compilation ?
En fait, nous avons plusieurs morceaux qui ne collaient pas trop au concept Audiosurf. Ils sont très bons mais plus légers, leur structure est plus simple. Je pense qu'ils iraient bien avec un univers plus étrange et insolite, mais nous n'avons pas encore trouvé le bon jeu. Si vous avez une idée, envoyez-nous un email !
Notre groupe d'artistes est incroyablement talentueux et hyper-créatif. De la même manière, je suis constamment stupéfait de la qualité des jeux indépendants. Ils s'améliorent de plus en plus. Je pense que quelque part, il y a un jeu ou une idée de jeu qui, combinée à notre talent, pourrait bien être le Lauréat ou le No Country de ce médium, quelque chose qui change la manière dont les gens envisagent le rapport musique/jeu vidéo.
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